Dire merci, c’est bien. Dire bravo, c’est mieux.

Dire merci, c’est bien. Dire bravo, c’est mieux.

Philippe Détrie chronique pour le magazine Entreprise & Carrières tous les quinze jours. Voici la rubrique parue dans le n°1321 du 24 janvier 2017.

Dire merci, c’est bien. Dire bravo, c’est mieux.

Dire merci

Vous avez certainement vu la scène : la personne, le téléphone vissé à l’oreille, arrive à la boulangerie et dit : « Une baguette », paie son euro et part sans même regarder le commerçant. Pas un bonjour, pas un merci. Manque cruel de savoir-vivre ensemble.

Sommes-nous sûrs de ne pas reproduire ce comportement au travail ? Le produit élaboré sans défaut, le service rendu avec diligence, la livraison pile à l’heure… remercions-nous le collègue à chaque fois ? Nous partons du fait que ces prestations ont fait l’objet d’un contrat et qu’ « on ne va tout de même pas dire merci à chaque fois que ça se passe bien ! ». Eh bien si, nous devrions. Parce que la reconnaissance est un carburant fondamental universel et que merci est un signe de reconnaissance, peut-être convenu au sens où il s’inscrit dans une convention sociale, mais certainement efficace pour créer du lien. Nous disons merci au vendeur qui nous remet nos achats, au serveur qui nous apporte notre plat. Nous pourrions très bien ne rien dire puisque le service est compris. Que craignons-nous ? Que le remercié en profite ? La peur de se sentir en dette et de devoir un contre-don selon le sociologue Marcel Mauss ? Courage, disons merci, vous verrez que c’est contagieux.

Le compliment n’est pas un complément

Et il y a mieux que merci : disons bravo. Recevoir un compliment mérité est toujours agréable. C’est un puissant et chaleureux rayon de soleil. Il génère un sentiment positif par le fait que quelqu’un a remarqué chez vous quelque chose digne d’être loué. Alors pourquoi est-on si pingre ?

Je me rappellerai toujours la remarque d’une collaboratrice alors que je prononçais un discours d’adieu élogieux pour un de mes directeurs qui partait à la retraite : « Pourquoi faut-il attendre le jour de son départ pour partager des propos aussi louangeurs ? » Elle avait raison : mon témoignage était très valorisant, mais posthume ! Nous sommes en France frileux de compliments, avares de félicitations : il faut attendre le jour de son enterrement pour découvrir tout le bien que nos proches pensent de nous ! Et si on décidait d’avancer ce jour, non pas de son trépas !, mais de se dire des mots positifs. Essayez. Un jour où un de vos proches n’a pas le moral, invitez une minute tous ses voisins à ne lui dire que des compliments authentiques. Vous les notez sur un paper-board et vous lui offrez la feuille qu’il affichera au dos de sa porte. Remontant garanti au moindre coup de blues. Autre pratique : commencer ses réunions par un tour de table où chacun exprime pourquoi il a félicité un de ses interlocuteurs. Ou pourquoi pas donner une fois par an à chaque collaborateur un budget de 50 euros pour qu’il offre un cadeau à quelqu’un qui l’a aidé professionnellement ? Petites attentions, grands effets…

En France, l’intelligence est dans la critique, le compliment apparaît comme une flagornerie voire un fayotage. Nous sous-estimons le pouvoir d’un mot gentil, d’une attention, d’un message positif. Les études de psychologie positive soulignent qu’être félicité accroît le sentiment de compétence et la confiance en soi, deux piliers de la motivation intrinsèque.

Pas facile de complimenter ?

Bien des problèmes relationnels viennent du fait qu’on ne reconnaît pas assez les mérites de l’autre. L’essentiel est de centrer le compliment sur la personne, ses contributions, ses efforts, ses résultats, on retrouve ici les quatre formes de reconnaissance. Des conseils :
– féliciter, oui mais à bon escient : complimenter un fait non avéré passera pour de la flatterie, voire de la manipulation. L’excès est fatal et ferait de vous un lèche-bottes hypocrite.
– faire porter le compliment sur un sujet digne de valorisation. C’est-à-dire sur des choses que l’interlocuteur contrôle et qui ont de l’importance pour lui. Il faut donc apprendre à regarder l’autre pour lui dire ensuite que nous avons compris sa valeur.
– contextualiser, trouver le bon moment : c’est la plupart du temps sur le moment comme le propose Le manager minute, la spontanéité laisse s’exprimer le cœur. Il suffit d’écouter son ressenti et de le laisser parler.
– complimenter en public pour renforcer la valorisation
– ne rien chercher en retour : le compliment est gratuit, c’est un cadeau, il n’attend rien en retour, surtout pas de « fishing for compliments » !

Entraînez-vous

Un matin, vous glissez cinq petits papiers dans une de vos poches. A chaque fois que vous formulez un compliment sincère, vous faites passer un papier dans votre autre poche. A la fin de la journée, les cinq papiers doivent avoir changé de poche. Il paraît que j’ai sauvé un couple grâce à cette démarche car la femme d’un de mes stagiaires n’en est pas revenue de voir son mari devenu aussi attentif et aimable envers elle !

 

 

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