Gloire au savoir-être

Gloire au savoir-être

Philippe Détrie chronique pour le magazine Entreprise & Carrières tous les quinze jours. Voici la rubrique parue dans le n°1383 du 7 mai 2018.

Gloire au savoir-être

C’est la révolution en matière de management des personnes.
Le monde des organisations a connu l’ordre, la discipline, la régulation par le règlement et la sanction. Heureux temps où il suffisait d’être chef, temps béni de la soumission (pour le chef !). La force était l’atout, l’indicateur était le labeur ajouté…
Puis au siècle dernier, avec les écoles de relations humaines et les mouvements qualité, motivation et satisfaction font leur entrée. Le process remplace la consigne, le collaborateur et le client apparaissent ! La puissance intellectuelle est l’atout, l’indicateur est la valeur ajoutée…
21e siècle : savoir et savoir-faire sont à la portée de doigts, l’intelligence artificielle débarque (vite une greffe !), la différence se fait dorénavant sur les savoir-être. Après le corps et le cerveau, le cœur. La qualité de vie au travail devient l’atout, l’indicateur sera la saveur ajoutée…

Qu’est-ce que le savoir-être ?
C’est un savoir-faire relationnel, c’est-à-dire une attitude (une disposition psychologique) et/ou un comportement (une conduite appropriée à une situation, un contexte, une personne).
Le savoir-être, personnel ou collectif, couvre le champ immense de la relation avec soi et avec les autres : respect, confiance, empathie, intégrité, émotions, coopération, résolution de conflit, communication, gestion du stress, écoute active, éthique, optimisme… Sans parler de l’esprit de service ! Les soft skills deviennent aujourd’hui indispensables, elles structurent notre rapport au travail.

Einstein est battu : E = MC3 !

Efficacité =
Motivation (vouloir-faire)
x Compétences (savoir et savoir-faire)
x Comportement (savoir-être)
x Connexion (savoir-relier)

Cette équation approximative (un matheux démontrera qu’il ne s’agit pas du même C) appelle deux remarques importantes :
– les termes sont liés par un signe x : il suffit qu’un soit égal à zéro pour que l’ensemble soit nul. Ceci implique que, de même que l’assistance à personne en danger est devenue une obligation d’agir, pourquoi pas imaginer l’obligation au nom de l’entreprise d’intervenir dans un service voisin défaillant. Au-delà du droit, il faudrait instaurer le devoir de porter secours !
– l’enjeu futur du management sera le savoir-relier. Supposez que sur une chaîne comptant 100 ouvriers, chacun réalise 99% de qualité, le résultat final est égal à (99%)100 = 36,6% ! Qui est responsable de ces 63,4% de non-qualité ? L’interfaçage, la coordination, l’art du projet commun seront les enjeux.

Du bon usage de soi
C’est le titre d’un séminaire de développement personnel qu’il faudrait créer. Car nous partons d’un immense déficit pour tous ceux qui n’ont pas étudié la philosophie ou la psychologie. C’est-à-dire 90% des managers. Nous savons que l’école apprend des savoir et des savoir-faire, mais n’apprend pas à cultiver des savoir-être. Peut-être chez Montessori ? Il ne s’agit pas d’établir des normes de comportement, mais des repères pour mieux se connaître et s’adapter à chaque personne et situation.
Nos parents appelaient ces qualités personnelles les bonnes manières. Développons, mobilisons ce capital de bonnes manières ! Ce sont les comportements qui font la cohésion de l’entreprise et contribuent à sa performance. La naissance de l’art du bien travailler ensemble ?

 

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