Le doughnut ou la pêche ?

Le doughnut ou la pêche ?

Philippe Détrie chronique pour le magazine Entreprise & Carrières tous les quinze jours. Voici la rubrique parue dans le n°1346 du 18 juillet 2017.

Le doughnut ou la pêche ?

Charles Handy, gourou du management, apparente le management de demain à un beignet à la confiture : « La confiture au centre du doughnut représente les règles, les procédures et les responsabilités requises par chaque poste. Mais autour de la confiture, le beignet représente un espace dans lequel chaque employé peut utiliser sa personnalité, ses compétences et ses envies pour aller plus loin dans son travail et pour proposer des innovations. »[1]

Le management ce n’est pas du gâteau

N’en déplaise au grand maître, la métaphore me semble un contresens. Car quel management veut-on aujourd’hui ? Exactement le contraire : doux à l’extérieur et solide à l’intérieur. Bienveillant pour faciliter toute relation, consistant pour donner de la cohérence et de la cohésion.
La confiture quasi liquide et bien trop sucrée peut difficilement évoquer la puissance charpentée et exigeante des valeurs et process, le beignet apparaît comme une enveloppe close et enfermant : c’est un retour à la définition du cadre du siècle dernier, une structure à l’intérieur de laquelle il y a le vide. Et même si on remplace le vide par la confiture, il est difficile d’assimiler une pâtisserie molle et sucrée, le plus souvent avec un trou en son centre, à la nature du management. La pâte frite saupoudrée de sucre glace, calorique et peu digeste, symbolise le contraire d’une saine alimentation. Grands dieux, ce célèbre professeur a-t-il déjà travaillé dans une entreprise ? Le management gras, sucré et mou, no thank you.

France, terre de la gastronomie
J’ai aussitôt cherché chez nous une image plus proche de la réalité du management, sans pour autant tomber dans la caricature du sucré en dehors, salé en dedans. J’ai goûté le nougat qui casse les dents, le puits d’amour qui pourrait être attribué à certaines ONG, le pet-de-nonne qui m’a toujours fait rire, le macaron très à la mode si on enlève le second a, la cuisine moléculaire trop chimique…
J’ai cru à la frite française révolutionnaire qui grâce à une cuisson en deux temps, peut être moelleuse dedans et croquante dehors. « La première cuisson surprend la frite, la deuxième la terrorise. »[2] L’analogie s’arrêtera là. Je recherchais le contraire.

Le management donne la pêche
Il fallait trouver un végétal ou un plat, un produit si possible naturel, sain et goûteux. Le temps d’un instant est apparu l’artichaut, apprécié pour ses feuilles et son cœur au goût raffiné, source de fibres et de vitamines, bénéfique pour la santé. Mais l’image du cœur d’artichaut inconstant en amour a stoppé net le parallèle.
Un simple brainstorming lors d’un lab R&D (Ratures et Découvertes) à la Maison du Management : la pêche s’est imposée en une minute. Structurée et charpentée en son cœur, douce à son contact comme une peau de velours. Un noyau dur de principes et de pratiques, un teint frais et une peau douce pour le plaisir de la relation. Et c’est bien meilleur pour la santé ! Enfin on pourra écrire : prendre autant de plaisir à manager qu’à manger !

Merci aux participants qui ont conforté notre image : le lieu où on cultive la pêche managériale !

 

[1] In Les Echos du lundi 15 mai 2017
[2] Petit traité de la pomme de terre et de la frite – Pierre-Brice Lebrun. Le commentaire est extrait de la newsletter de L’Obs du 2 juin 2017.

 

 

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