Qu’est-ce qui motive les entrepreneurs ?

Qu’est-ce qui motive les entrepreneurs ?

Philippe Détrie chronique pour le magazine Entreprise & Carrières tous les quinze jours. Voici la rubrique parue dans le n°1397 du 3 septembre 2018.

Qu’est-ce qui motive les entrepreneurs ?

Si vous avez pris des vacances, j’espère que vous vous êtes bien posé et reposé. Ma chronique de la rentrée s’est transformée en billet d’humeur car nourrie d’un article [1] qui m’a fait réagir cet été. Son titre est repris ici. L’auteur présentait son ouvrage Le modèle Startup et citait « les trois ensembles de raisons… pour lesquelles un individu se décidait à démarrer une entreprise ou adopter une façon inédite de travailler…

  1. La vision et l’ambition. Ces personnes sont d’abord animées par la soif d’améliorer le monde…
  2. Les talents et les ressources… Le génie est largement répandu dans le monde, mais les opportunités de l’exprimer manquent.
  3. Les risques et les responsabilités… Tous les entrepreneurs, qu’ils l’avouent ou non, ont l’obsession de l’échec. »

Drôles de points de vue

  1. Honnêtement, sur 100 créations d’entreprise (commerces, artisans, café-restaurants, aides à la personne, immobilier, holding financier…), combien ont pour raison sociale une vision autre que la pépie de leur propre intérêt ? Sans doute moins de 5 %…
  2. Malheureusement le génie est très peu répandu dans le monde, c’est d’ailleurs ce qui fait sa spécificité et sa rareté. Ou alors, vite une greffe !
  3. C’est tout le contraire : les entrepreneurs ont l’obsession de la réussite ! J’ai (co-)créé plus d’une dizaine d’entreprises et d’associations, et même si j’ai dû en fermer quelques-unes, je vous promets que je n’ai jamais connu de pulsions mortifères !

Qu’est-ce qui motive réellement les entrepreneurs ?
Rappelons les principaux moteurs de l’entrepreneuriat : la réponse à un nouveau besoin, l’envie de liberté et d’indépendance, une prise en charge de son destin, un défi personnel, un désir de reconnaissance sociale, le plaisir du jeu, les parfums d’aventure du pionnier, l’espérance de gain… et bien sûr la volonté de changer le monde mais si rarement.
Après, on peut rationaliser les choix en citant la création d’emplois et de richesses pour la société, mais le point de départ reste son propre épanouissement professionnel qui rejaillit sur le personnel avec parfois des risques.

La joie d’entreprendre
C’est d’abord une envie de créer, une volonté de s’inventer son propre cadre de travail. La motivation change de visage, de « je dois » à « j’ai envie ». Le travail créateur n’enlève rien, il ajoute. Il est libre et fécond car il ne contrôle pas mais développe le potentiel de chacun, en plus en harmonie naturelle avec ses propres valeurs et son rythme. Rappelez-vous ce magnifique adage de Kierkegaard : « Oser, c’est ne pas avoir peur de perdre pied un temps. Ne pas oser, c’est perdre une partie de soi-même. »

Etes-vous un entrepreneur ?
– Vous avez d’abord confiance en vous-même et en votre santé.
– Vous avez un projet qui vous tient à cœur et pas seulement au cerveau. Maria Nowak, fondatrice de l’Adie, souligne que « le passage à l’acte ne fait pas partie de la culture des intellectuels ; c’est un comportement d’entrepreneur. » Il faut de l’énergie et de la ténacité !
– Vous aimez l’aventure et l’incertitude.
– Et si vous avez fondé une famille, vous devrez arbitrer avec votre nouvelle création qui sera on ne peut plus chronophage.

J’oubliais l’optimisme. L’entrepreneur est celui qui engage dans son entreprise son avoir financier, celui qui met en jeu son énergie et en cas d’échec son honneur. Il en faut de l’inconscience !

[1] In Les Echos-sociétés du 14 août 2018

 

 

btnimage