Interviews experts MM - 3 questions à… Sandra Fillaudeau : « L’équilibre n’est pas un état, mais une dynamique »
Interviews experts MM : 3 questions à… Sandra Fillaudeau
« L’équilibre n’est pas un état, mais une dynamique »
À l’heure où les frontières entre pro et perso s’estompent, trouver son juste tempo n’est plus un luxe, mais une condition de survie pour les managers comme pour leurs équipes. Coach et autrice, Sandra Fillaudeau nous livre sa vision incarnée d’un mode de vie réaliste et durable.
Fondatrice de Conscious Cultures, Sandra Fillaudeau accompagne celles et ceux qui veulent faire rimer performance et équilibre. À travers son podcast Les Équilibristes (plus de 500 000 écoutes), elle explore les chemins d’un travail plus aligné, plus vivable, plus juste. Son livre En équilibre (Vuibert, 2024) est un manifeste pour remettre du sens dans nos trajectoires. Son but : aider les managers ambitieux à conjuguer leadership durable et équilibre personnel. Rencontre.
1. Quelle est votre définition de l’équilibre aujourd’hui ?
L’équilibre n’est pas un idéal figé ni un état permanent. C’est une dynamique, un jeu de réglages entre nos différents domaines de vie : famille, travail, santé, projets personnels… Il y a forcément des phases de déséquilibre, et c’est normal. L’important, c’est de garder un œil sur l’ensemble et de ne pas rester trop longtemps éloigné d’un domaine vital. Pour moi, l’équilibre, c’est une succession de déséquilibres rattrapés, avec quelque chose de joueur et de bienveillant. Loin de la perfection, je revendique une vision souple, vivante et réaliste.
2. Quelles sont les trois clés concrètes pour construire son équilibre au quotidien quand on est manager ?
D’abord, assumer qu’on a le droit – et même le devoir – à l’équilibre, même en tant que manager. Beaucoup s’oublient dans une posture de sacrifice, veillant au bien-être de l’équipe tout en négligeant le leur. Pourtant, leur propre manière de travailler donne le ton à toute l’équipe. Le « manager stakhanoviste » envoie un signal implicite : ici, on ne lève pas le pied.
Deuxième clé : être au clair sur ses priorités du moment. L’idée n’est pas de tout équilibrer tout le temps, mais de savoir dans quelle phase on est. En ce moment par exemple, je travaille beaucoup, je sais pourquoi, et je sais quand je pourrai réajuster. Cela évite le sentiment de subir, et redonne du pouvoir d’agir.
Enfin, intégrer le repos comme un non-négociable. Chaque période d’intensité doit être suivie d’un temps de ressourcement. Repos, loisirs, lenteur… ne sont pas des récompenses mais des nécessités vitales. L’équilibre durable repose sur cette alternance assumée.
3. Comment accompagner son équipe dans cette quête d’équilibre… sans projeter ses propres modèles ?
Première étape : accepter de ne pas savoir ce qui est bon pour chacun. Le réflexe de « vouloir bien faire » pousse certains managers à projeter leurs propres solutions : télétravail, horaires flexibles, etc. Mais derrière ces bonnes intentions se cache parfois une méconnaissance des réalités de l’autre. L’écoute doit primer : poser des questions (sans intrusion), comprendre les besoins, et accepter de remettre en question ses propres certitudes.
Deuxième point fondamental : préserver le collectif. Beaucoup de managers redoutent que l’attention aux besoins individuels ne transforme l’équipe en « usine à gaz » ingérable. Il est possible – et nécessaire – de tenir ensemble les besoins individuels et les impératifs collectifs. Cela demande de la clarté, du dialogue et une régulation permanente : comment se répartit la charge quand certains sont moins disponibles ? Comment veille-t-on à la mission commune sans sacrifier l’humain ? Et cette posture d’équilibriste, ce n’est certes pas simple, mais c’est possible !
Notre question bonus : qu’avez-vous dû déconstruire, lâcher ou mettre de côté en chemin pour trouver ton propre équilibre ?
J’ai longtemps renoncé à des choses essentielles comme la danse, la lecture ou même la solitude, en me disant que la « vraie vie » d’une maman active et manager ne laissait pas de place pour ça. Je pensais que ce serait un caprice de prendre un cours de danse, par exemple.
Aujourd’hui, j’ai compris que ces temps ne sont pas un bonus, mais un fondement. Ils ne servent pas seulement à « recharger les batteries », ils me rendent vivante. Ce sont mes non-négociables. Pas des caprices, mais des piliers.
Propos recueillis par Laure Girardot